La crise financière : et si l’on ne faisait pas le bon diagnostic ?
Nous entendons et lisons beaucoup d’analyses sur les causes liées à cette crise. Seulement, beaucoup de médias étant secoués par un vent d’hystérie anti-libérale, les analyses ne sont pas, pour la plupart, convenables et elles méritent en tout cas d’entendre un autre son de cloche.
Faire le correct diagnostic d’une crise est le point essentiel si l’on veut la résoudre puisque c’est la pertinence du diagnostic qui permettra la prescription ensuite des bons remèdes.
- Et si l’absence de régulation n’était pas la cause de la crise ?
Revenons en avant tout au fondement de la crise, la crise des subprimes de l’été 2007.
Cette crise est le triste résultat d’une ambition politique noble née dans les années 2001, celle de rendre réalité pour tout citoyen américain le rêve de devenir propriétaire de son logement. En effet, peu après le 11 Septembre 2001, la Réserve Fédérale Américaine (FED) a décidé d’injecter massivement des liquidités afin que les banques de détail américaines puissent prêter à tout le monde, y compris aux ménages non solvables, pour redoper le moral des ménages américains.
De surcroît, et afin de soulager le bilan des banques de leurs créances vis-à-vis de ces ménages peu ou pas solvables, deux agences d’état (Fanny Mae et Freddy Mac) ont été crées pour assurer les banques contre ces risques. Fanny Mae et Freddy Mac étaient donc les assureurs du risque de contrepartie des banques auxquelles elles s’exposaient en octroyant sans condition de ressources ces crédits dits subprimes. Pour se couvrir à leur tour, Fanny Mae et Freddy Mac mutualisaient ces risques assurés sur les marchés financiers via la titrisation.
Ce montage là a fonctionné pendant quelques années et il a permis, il est important de le rappeler, à des milliers de ménages américains d’accéder à la propriété. On connaît tous cependant, la suite dramatique de ce système à partir de Juillet 2007 quand les prix de l’immobilier ont commencé à chuter.
Les politiques américains sont en partie responsables de la crise pour avoir développé une politique économique court termiste, qui a certes redonner confiance aux modestes ménages américains immédiatement après le 11 Septembre, mais qui subit aujourd’hui un retour de bâton. Ce sont les mêmes ménages américains à faibles revenus aidés après 2001 qui sont les premières victimes de la crise de 2007.
La morale de cette histoire, est donc que la crise n’est pas arrivée par le monde financier dérégulé où évoluent les hedges funds, le private equity, les fonds souverains, et autres spéculateurs, elle est venue du monde financier le plus régulé et de l’intervention dans l’économie du monde politique américain: les banques de détail, la banque fédérale américaine (ayant agi sur ordre des politiques de Washington) et les agences d’état crées sur commande du politique sont les causes principales de la crise des subprimes.
La finance étant globalisée et ce risque des crédits subprimes étant titrisé sur les marchés financiers de la planète via divers produits financiers ou structurés, cette crise a eu ensuite un effet domino contaminant ainsi tous les acteurs financiers dans le monde entier, ce qui nous amène à la deuxième cause de cette crise.
- Ce n’est donc pas l’absence de régulation qu’il faut mettre en accusation mais le manque de transparence entre les acteurs économiques.
Si il y a eu effet domino, c’est que tous les acteurs économiques possédant un portefeuille de placements ont acheté souvent sans le savoir des produits financiers contenant des crédits subprimes.
Depuis Juillet 2007, personne (dirigeants d’entreprise, commissaires aux comptes, agences de notation,…) n’a été en mesure d’évaluer précisément l’exposition du portefeuille d’une société aux risques subprimes. Le manque de transparence et d’information est l’une des vraies raisons à la crise financière que nous traversons.
La complexité des produits financiers, les modèles financiers proposés par les structureurs et traders des banques d’investissement, (avec des rentabilités où l’appât du gain a eu raison de la prudence des acheteurs) sont devenus tellement compliqués que les acheteurs et mêmes les vendeurs s’y sont perdus. Cette absence de transparence sur des produits affichant des taux de rentabilité toujours plus élevés a donc été le moteur de la crise. Si certains investisseurs avaient su, que dans ces produits financiers si rentables qu’ils achetaient, se cachaient derrière des ménages non solvables à qui l’on accordait sans condition de ressources des crédits immobiliers, cette crise ne serait probablement pas arrivée. Certains auraient réfléchi à deux fois avant de les acheter si ils avaient su qu’il n’y avait aucune gestion des risques chez les banques ayant de telles pratiques et que tout pouvait s’effondrer comme un château de cartes. Néanmoins tout aurait pu être évité si les acheteurs avaient fait de la gestion des risques en demandant des éclairages et des comptes aux vendeurs de ces produits et avaient fait preuve de moins d’appétit pour la rentabilité.
Le capitalisme se nourrissant de ses crises, on peut légitimement espérer que cette crise améliorera au moins la transparence et que les acheteurs et vendeurs de produits financiers ne se retrouveront plus dans de telles asymétries d’information. Certains économistes ont plaidé pour la création d’un ‘permis à emprunter ou à investir’ afin que les emprunteurs et les prêteurs communiquent dans le même langage et décident en toute connaissance de cause. C’est peut-être une piste à explorer car avant le stade de la régulation, il y a celui de la formation et celui de la prévention.
- Et si la cause de la crise était due aux régulateurs eux mêmes ?
Si il y a un procès dans cette crise qui devrait s’ouvrir c’est bien celui contre la régulation où l’on trouverait sur le banc des parties civiles l’ensemble des acteurs économiques.
Bien sûr les entreprises, qui pour des raisons d’harmonisation comptable et de meilleure visibilité de leur santé économique, ont du appliquer les normes IFRS, autrement dit évaluer leurs actifs et les comptabiliser en valeur de marché. La philosophie de cette norme, défendable à moitié en temps normal, devient complètement folle en temps de crise. L’évaluation des actifs à la valeur de marché (« fair value ») a ajouté de la crise à la crise, obligeant les entreprises à déprécier leurs actifs et à constituer des provisions colossales venant grever leurs résultats.
Les normes comptables internationales pro-cycliques ont donc été un facteur aggravant à cette crise. Or ce ne sont pas les entreprises qui les ont choisi mais bien les régulateurs qui leur ont imposé.
Sur le banc des parties civiles, il y aurait également tous les investisseurs (institutionnels ou particuliers) qui ont fait confiance aux agences de notation, ces fameuses agences payés par les clients qu’elles sont chargées de noter. Lorsqu’on sait l’impact que peut avoir une note sur le futur d’une entreprise, on se dit qu’il y a un léger conflit d’intérêt à décider de l’avenir d’une entreprise et à être payé par celui que l’on note.
Enfin et bien sûr, tous les américains à qui l’on a saisi la maison car ils ont eu le tort de croire aux promesses d’une banque centrale américaine (le régulateur par essence !) irresponsable.
Cette crise a donc été possible non pas par une dérégulation excessive mais par une mauvaise régulation.
- Le capitalisme, ce bouc émissaire expiatoire...
Il est assez triste de voir l’hystérie anti-capitaliste qui s’abat sur notre pays. Le capitalisme, qui n’avait pas besoin de cet épisode en France, est la cause de tous les maux.
Pourtant à l’inverse de tous les autres modèles, comme le communisme par exemple, le modèle capitaliste n’a pas causé de morts et est un fabuleux outil de partage des richesses. La mondialisation a permis à des millions de gens de sortir de la pauvreté et fait qu’aujourd’hui nous trouvons les réunions du G8 obsolètes et plus du tout adaptées à la réalité économique du monde notamment avec l’émergence de puissances économiques comme la Chine, l’Inde, la Russie ou le Brésil.
Il est donc malheureux que certains appétant à la goinfrerie (qui ne seront condamnés qu’à prendre une retraite dorée) aient réussi à dévoyer un modèle au risque de le mettre en péril. Il faut donc mettre un terme aux salaires décrédibilisant tout un système, aux parachutes dorés scandaleux et incompris de tous. Il faut donc réinstaurer au plus vite le principe libéral que le salaire doit être la juste rémunération du risque pris.
En conclusion, l’interventionnisme concerté des états post-crise, initié par notre Président de la République, doit se poursuivre pour redonner de la confiance aux marchés, et pour tout faire pour ne pas que l’économie réelle soit trop touchée. Mais une fois la machine relancée, le politique devra avoir une vraie réflexion sur son périmètre d’intervention et sur les remèdes qu’il mettra en oeuvre pour ne plus que ça se reproduise. Notre génération devra aussi se faire à l’idée d’un monde à venir où les bonus et les taux de rentabilité seront moins élevés et donc plus raisonnables.
Mais pour cela il faudra que le diagnostic soit le plus juste possible, loin de toute idéologie.




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