Kerviel fait bien pâle figure avec ses 5 milliards de pertes face aux 50 milliards de Madoff, ex patron du Nasdaq et membre d’une commission de réflexion sur l’avenir de la régulation financière.
Qui sera le prochain sur la liste ? Et surtout quel sera le montant des pertes ? Le choix 2008 va être bien périlleux pour le « Times » et sa célèbre couverture de fin d’année « man of the year ».
Le système financier vacille donc comme jamais et avec lui toute l’économie dite réelle (comme si il y avait une frontière impénétrable entre sphère financière et sphère économique..), l’extrême gauche se prend à rêver à nouveau du grand soir, la crise financière est son cadeau de Noël.
Malgré tout cela, le capitalisme ne s’effondrera pas demain pour laisser la place au système collectiviste bolchevik.
Premièrement, parce que les individus (toute idéologie confondue et c’est le paradoxe) aiment trop la société de consommation dans laquelle nous vivons depuis l’essor du capitalisme. Nous l’aimons cette mondialisation parce qu’elle a permis aux classes moyennes et populaires (donc à des millions d’individus) d’accéder à des produits de grande consommation qu’elles n’auraient jamais pu approcher sans le capitalisme. Nous le voyons bien avec ces fêtes de fin d’année, la crise est là, la semaine au bureau, elle disparaît les week-ends dans les magasins. Les Grands Magasins du boulevard Haussmann tablent sur une hausse de 3% de leurs chiffres d’affaires par rapport à 2007. Le modèle est donc aujourd’hui vilipendé mais personne ne voudrait honnêtement qu’il disparaisse.
Deuxièmement, le capitalisme contient en son sein les ressources pour punir les abus et s’assainir. La gouinfrerie, la corruption, finissent toujours par être reconnues et sanctionnées. Kerviel est devant les juges, Madoff est avec les agents du FBI, les banques et autres fonds spéculatifs sont avec leurs comptables en train de recompter leurs pertes astronomiques à l’approche de la clôture des comptes annuels, un chef d’entreprise doit rembourser sur ses deniers personnels après une décision du tribunal administratif (dont il fait appel) le parachute doré de son prédécesseur.
Il y a donc des coupables, ils sont clairement montrés du doigt et ils vont être sanctionnés.
Malheureusement, il y a aussi tous ceux qui trinquent pour les abus des autres et il ne faut pas les oublier : petits porteurs, chefs de PME-PMI, salariés licenciés qui subissent de plein fouet la vague déflationniste et la crise de liquidité entraînée par les errements de certains. C’est évidemment vers ceux là que les plans de relance doivent se tourner. Les banques ont été les premières à être recapitalisées par l’Etat, il fallait le faire pour éviter l’effet domino, mais il faut maintenant aider les entrepreneurs. Il faut les aider par de l’apport en cash immédiat mais aussi par des mesures d’aides fiscales pour que les emplois soient préservés.
Enfin, troisièmement, arrêtons de parler à tort et à travers de la régulation. Tout d’abord, la régulation ne pourra jamais faire disparaître le risque de fraude. Or dans cette crise financière, il est important de distinguer la fraude (difficilement détectable par des contrôles faits par les commissaires aux comptes, l’AMF, ou la SEC) des prises de risques excessives, les subprimes par exemple, ou là la régulation peut intervenir en définissant des règles prudentielles et de contrôle interne.
Ensuite, il est grand temps de dire que la régulation a démontré ses limites : beaucoup d’argent a été investi dans ce domaine suite au scandale Enron (Loi sur la Sécurité Financière en France, Sarban Oxley Act aux US, BâleII pour les banques, SolvencyII pour les assureurs, normes IFRS pour les grandes entreprises,…) et pourtant cela n’a pas empêché Madoff, une escroquerie dépassant de loin celle du cas Enron et plus largement la crise financière !
Mieux vaut donc se tourner vers une réforme de la formation dispensée en amont de ceux qui opèrent sur les marchés financiers. Derrière les techniques indispensables de mathématiques financières, il est impératif d’introduire des éléments de morale, d’éthique et de déontologie. Il est d’ailleurs invraisemblable que les traders les plus fous de notre planète, ne jubilant que par leur P&L journalier, sortent pour la plupart de la chaire d’un professeur français de renommée internationale, Mme Nicole El Karoui, dont les idées sont pourtant bien ancrées à gauche. Comment un professeur, si soucieux de l’intérêt général et aux idées charitables de partage et de redistribution des richesses, a pu lâcher dans la nature des étudiants attirés non pas par le job qu’ils exercent mais uniquement par l’appât du gain. C’est de cette façon que des banquiers ou des gérants de fonds surdiplômés ont pu oublier tous leurs cours de finance sur la volatilité des marchés pour croire que le fonds Madoff pouvait leur servir en toute honnêteté depuis 10 ans, 12% de rentabilité par an quelles que soient les conditions de marché.
L’esprit du capitalisme est malgré tout plus vivant que jamais. L’histoire a montré que le capitalisme est toujours sorti renforcé des crises antérieures, qu’il a trouvé en son sein les solutions et les évolutions nécessaires. Les solutions ont toujours été vers plus de responsabilisation des acteurs, un contrôle plus encadré de la libre concurrence, un contrôle plus strict des conflits d’intérêt. Après cette crise, le capitalisme réformé et rénové sera sans aucun doute plus sain, plus juste et donc mieux accepté.
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